8531 - Le combat continue

N. Lygeros

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Le combat continue ! Tel aurait été le mot d’ordre d’un homme comme Albert Camus, s’il avait pu être témoin du débat en France de la proposition de loi sur la pénalisation de la négation des génocides. Car rien n’est joué encore. Et cette proposition de loi représente bien un acte de résistance par rapport au système de la barbarie, contre lequel il a toujours lutté. Pour ceux qui mélangent tout, Albert Camus est un point de référence afin de ne pas tomber dans l’absurde. Car ici l’absurde constituerait la fin d’un processus. Certains sont capables de défendre les bourreaux et de faire des amalgames, pour justifier leur inaction face à un problème de dignité humaine. Alors qu’il leur suffirait de se demander quelle serait la position d’Albert Camus. S’ils se contentent d’écouter les menaces d’un premier ministre d’un pays qui n’a toujours pas accepté l’existence d’un multiple génocide qui a eu comme victimes des Arméniens, des Assyro-Chaldéens, des Juifs et des Pontiques, alors c’est certain, leur opinion sera nécessairement absurde. Aussi nous ne pouvons pas nous suffire d’un tel positionnement dépourvu de sens, sur le plan des droits de l’Homme. La proposition de loi est cohérente dans le sens où elle complète le processus de la reconnaissance des génocides. De plus, elle met en évidence le fait que ce qui gêne véritablement les états coupables du génocide de la mémoire, ce n’est pas la reconnaissance qui demeure avant tout symbolique mais bien la pénalisation, car seulement cette dernière a un coût réel. De cela, ils en sont bien conscients lorsqu’ils tentent de corrompre ou d’acheter les hommes politiques. La notion d’homme révolté, développée par Albert Camus, est fondamentale pour comprendre les faits qui sont en jeu dans le cadre de cette proposition de loi. La prise de position dans des moments de crise, ou même d’état d’urgence, représente le critère véritable pour juger un homme politique dans son rôle. Et la France, ne serait-ce qu’avec Jean Jaurès, a déjà donné le ton de sa contribution dans la lutte contre les crimes contre l’Humanité, à l’époque où la notion de génocide n’avait pas encore été inventée par Raphaël Lemkin. À présent, les hommes politiques français doivent prendre la relève et monter au créneau pour défendre nos positions sur les droits de l’Homme. Il ne s’agit aucunement de donner des leçons comme l’affirment certains hommes de main de pacotille, mais bien de ne pas oublier les pages de l’histoire même si celles-ci font partie des plus noires. Des hommes comme Albert Camus représentent des signets pour l’humanité. Car malgré les actes d’oubli et d’indifférence, leur esprit est toujours parmi nous pour nous rappeler à l’ordre de la dignité humaine et nous montrer ces pages que certains voudraient nous voir oublier sans préciser que de cette manière nous tuons pour une seconde fois, mais cette fois, de nos propres mains, leur mémoire. Pour ne pas être coupable, c’est facile lorsque nous sommes nés des décennies après le crime, mais c’est difficile de ne pas être un collaborateur des bourreaux, car il est nécessaire cette fois de combattre le génocide de la mémoire. La pénalisation de la négation, c’est justement l’une de nos armes. Voilà pourquoi le combat continue, à la mémoire des victimes en hommage aux Justes du passé.